Le siècle des Lumières est marqué par un développement de la pensée empiriste et par le primat accordé à la vérification expérimentale. La fiction littéraire (théâtrale ou romanesque) se fait alors volontiers elle-même expérience réglée, protocole avec démarches et étapes, exploration et vérification d’hypothèses. Mais par nécessité générique, le théâtre et le roman font de l’amour l’objet premier de ces expérimentations. Aussi la fiction des Lumières se plaît-elle à prendre la forme d’épreuves ou d’expériences les plus diverses, portant électivement sur la question amoureuse. Peut-on faire naître le sentiment amoureux ? Telle est l’une des questions les plus insistantes des comédies de Marivaux. Qu’advient-il si le maître d’un sérail part en voyage et laisse ses épouses languir durant de longues années (Montesquieu, Lettres persanes) ? si l’on isole quatre enfants jusqu’à l’adolescence et qu’on les fait ensuite se rencontrer (Marivaux, La Dispute) ? Comment se présente une micro-société féminine ayant fait vœu de renoncer à l’amour et à la sexualité (Diderot, La Religieuse) ? peut-on imaginer une thérapeutique de la passion amoureuse fondée sur un effacement des traces du passé et une neutralisation de la mémoire des passions (Rousseau, La Nouvelle Héloïse) ? Peut-on se venger d’un amant infidèle en l’engageant dans une passion infâme (Diderot, « Histoire de Mme de la Pommeraie »), etc.  En s’appuyant sur un large éventail de textes de la période, le séminaire s’efforcera de dessiner les contours et de situer les enjeux de ces fictions expérimentales prenant l’amour pour objet.