On se demande comment prétendre, observateur
du sommeil auto-proclamé, observer le sommeil, ce monde a priori inobservable.
Il existe un moyen oblique d’explorer le rêve, entendu au sens large, et les
phénomènes de la vie seconde : c’est de recourir au tremplin expérimental
que constituent les excitants modernes (haschisch, opium, etc.). Écrivains et médecins se sont livrés conjointement au xixe siècle à cette
exploration des mondes intérieurs du Rêve : les fantasias de l’hôtel Pimodan,
séances de dégustation de « confiture verte » supervisées par le
médecin Jacques Moreau de Tours, élève d’Esquirol, auteur d’un traité cardinal,
Du haschich et de l’aliénation mentale (1845), réunirent Gautier,
Balzac, Baudelaire, etc. ; elles furent le point de départ et le vecteur
d’une littérature des paradis artificiels, où dialoguent notamment Baudelaire
et Gautier, dans la continuité d’un autre dialogue fécond, commencé par Musset,
prolongé et approfondi par Baudelaire, avec l’œuvre de De Quincey, auteur des
Confessions d’un mangeur d’opium, dont fut donnée une traduction éclatée.
Au confluent de la médecine et de la littérature, on s’intéressera ainsi aux
enjeux médicaux, moraux, spirituels et esthétiques soulevés par ces textes,
vertigineux, qui – compte rendu journalistique, récit fictif ou traité
d’hygiène morale et esthétique – tendent à prolonger la transcription de l’expérience
vécue en une méditation inquiète sur les puissances, voire les dérives, de
l’imagination onirique ou hallucinatoire
- Enseignant: Didier Philippot