Ce cours proposera une réflexion suivie sur les modalités de la prise de parole : à y réfléchir de plus près, “prendre la parole” est une drôle d’expression : on ne se saisit pas de la parole comme on s’empare de quoi que ce soit d’autre. Que prend-on lorsqu’on prend la parole, si du moins l’on s’empare ici de quelque chose ? Comment la prend-on et comment s’y prend-on pour prendre la parole ? Il semble que nous ayons appris à ne prendre la parole que lorsque nous sommes autorisés à le faire, et que nous ayons également appris à demander la parole d’une certaine manière et à ne pas couper la parole de celui ou de celle qui l’a en ce moment précis. Ce cours interrogera ainsi à partir d’un corpus contemporain les relations étroites qui lient la parole : 1) aux porte-paroles et au discours autorisé, 2) à l’événementalité dont elle est porteuse, 3) à ce qui en elle participe d’un acte. Son horizon consistera à réévaluer a contrario l’importance de l’écoute et à mobiliser cette double perspective pour réfléchir aux conditions proprement langagières de l’émancipation.
J. L. Austin, Quand dire, c’est faire, Paris, Seuil, 2024.
P. Bourdieu, Ce que parler veut dire, Paris, Fayard, 1982.
M. de Certeau, La prise de parole, Paris, Seuil, 1968.
M. Foucault, L’ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971.
E. Huchet, Ces voix qui comptent, Paris, Puf, 2026.
L. Wittgenstein, Les Recherches philosophiques, tr. E. Rigal et alii, Paris, Gallimard, 2004.
- Enseignant: Elise Marrou