Le séminaire « Littérature, pouvoirs, société » porte sur l’éloquence, la pensée rhétorique et les phénomènes littéraires de la Rome classique, qu’il met en relation avec leur environnement idéologique, social et politique. Son objectif est d’aborder la culture du discours dans ses aspects pragmatiques, théoriques et pédagogiques comme une matrice explicative des mentalités et des pratiques romaines.

Semestre 1 - Le principe d’imitation : pédagogie rhétorique, production littéraire et individualité stylistique dans la Rome classique


Le séminaire abordera la rhétorique, l’éloquence et l’activité littéraire à Rome sous l’angle du principe esthétique d’imitation des modèles, du 1er siècle av. au 2e siècle ap. J.-C. 
En se fondant sur des textes rhétoriques (manuels, traités, déclamations) ou proprement pédagogiques (livres I, II et X de l’Institution oratoire de Quintilien, progymnasmata grecs, pseudépigraphes cicéroniens et sallustéens), on explorera le rôle que joue l’imitation dans la formation des lettrés à Rome, soit l’idéologie selon laquelle on ne peut former sa propre voix littéraire que par la maîtrise, la reproduction et la manipulation des textes et des modèles antérieurs. 

On examinera la manière dont ce principe rhétorique et littéraire fondamental se déploie dans deux directions contradictoires, l’imitation des textes du passé et l’imitation des vivants. On étudiera ainsi l’imitation comme un moyen permettant de modeler l’individu tout entier et de garantir son inscription dans la communauté civique et/ou lettrée, tout en se penchant sur les cas (et les époques) où ce mode de fonctionnement se trouve contesté. C’est le problème fondamental de l’évolution du style et de son adaptation aux circonstances qui sera ainsi posé.

À travers ce corpus et ces problématiques, l’objectif de ce séminaire sera de faire découvrir aux étudiantes et aux étudiants les principales questions rhétoriques et idéologiques que posent les pratiques d’imitation dans la Rome classique. Il offrira ainsi une première approche technique des domaines de la stylistique et de la critique littéraire antiques.

Évaluation : devoir maison sur texte et dossier en fin de semestre.

Bibliographie indicative

Les textes antiques (en latin/grec et traduction) seront fournis lors de la première séance, ainsi qu’une bibliographie complète. Pour une première orientation, on se reportera à :
-   AUBERT-BAILLOT S. et GUÉRIN C., Le Brutus de Cicéron : Rhétorique, politique et histoire culturelle, Leyde, Brill, 2014.
-    FANTHAM E., « Imitation and Decline : Rhetorical Theory and Practice in the First Century After Christ », Classical Philology, 73, 1978, p. 102-116.

-    HELDMANN K., Antike Theorien über Entwicklung und Verfall der Redekunst, München, Beck, 1982.
-    LEEMAN A D, Orationis Ratio. The Stylistic Theories and Practice of the Roman Orators, Historians and Philosophers, Amsterdam, A. M. Hakkert, 1963.
-    PERRY E., « Rhetoric, Literary Criticism, and the Roman Aesthetics of Artistic Imitation », Memoirs of the American Academy in Rome. Supplementary Volumes, 1, 2002, p. 153- 171.
- Van den Berg, Ch., The Politics and Poetics of Cicero’s Brutus, Cambridge University Press, Cambridge, 2021.
-    WEST. D. & T. WOODMAN (éd.), Creative Imitation and Latin Literature, Cambridge UP, Cambridge, 2007.


Semestre 2 - Comment lire un discours judiciaire ? Le Pro Milone de Cicéron entre droit, rhétorique et politique


Publié en 52 av. J.-C., le Pro Milone de Cicéron est devenu un « classique » dès le tournant du Principat. Il est ensuite devenu l’un des textes cicéroniens les plus étudiés jusqu’à aujourd’hui.

Le séminaire s’appuiera sur ce texte exceptionnel à tous égards pour faire découvrir aux étudiant·e·s les outils et les méthodes de lecture permettant de développer une approche raisonnée et sûre du corpus des discours judiciaires cicéroniens, appuyée sur les dernières avancées de la recherche.

Au cours du semestre, les étudiant·e·s se familiariseront avec le fonctionnement rhétorique spécifique du Pro Milone (état de la cause, structuration de l’argumentaire, stylistique) , avec la procédure judiciaire romaine et ses conséquences sur la compréhension des discours, mais aussi avec les liens qui unissent les stratégies argumentatives de Cicéron et les débats idéologiques très violents qui accompagnent les conflits politiques des années 60-40 av. J.-C. et les tentatives de  réforme pompéiennes durant les années 52-50.

Enfin, le statut éditorial très particulier du Pro Milone (un texte qui, de façon explicite, ne correspond pas à la version prononcée du discours) permettra d’aborder les questions philologiques fondamentales qui conditionnent la juste interprétation des orationes cicéroniennes.

Évaluation : devoir maison sur texte et dossier en fin de semestre.

Bibliographie indicative

Le texte du Pro Milone utilisé sera celui de l’édition Boulanger, collection Budé ou Classiques en poche, dont les étudiant·e·s devront se munir. Les textes antiques (en latin/grec et traduction) complémentaires, et en particulier les extraits des autres éditions, seront mis à disposition lors de la première séance, ainsi qu’une bibliographie complète. Pour une première orientation, on se reportera à :

KEELINE T.J., Cicero, Pro Milone, Cambridge, Cambridge University Press, 2021.

LOUTSCH C., « Remarques sur le Pro Milone de Cicéron », in Bodelot C., Koch R.& Reisdoerfer J.(dir.) Poikila : hommage à Othon Scholer, Luxembourg, Centre Universitaire de Luxembourg, 1996, 3-16.

RAFFERTY D., VERVAET F.J. et DART C. J., « Competitive Authoritarianism on the Eve of Empire: Pompeius’s New Republic of 52 BCE », dans F. J. Vervaet, D. Rafferty et C. J. Dart (dir.), How Republics Die, De Gruyter, 2025, p. 307‑330

STEEL C.E.W. (dir.), The Cambridge Companion to Cicero, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

VARVARO M., « Legitima difesa, tirannicidio e strategia difensiva nell’orazione di Cicerone a favore di Milone », Annali del Seminario Giuridico dell’ Università degli Studi di Palermo 56, 2013,  p. 215-255.