Résumé de section

    • La réflexivité a à voir avec la démarche scientifique (occidentale) et, surtout, avec le positionnement des chercheur.es par rapport à cette dernière. Il importe d'en prendre compte, surtout en sciences humaines et sociales où on se penche, s'intéresse, à des êtres humains, ce qu'ils font, ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent ou imaginent. Cela diffère quelque peu, vous en conviendrez, de l'étude des sédiments ou des formes de l'écorce terrestre! Alors, c'est quoi la réflexivité ? Cela a rapport à l'objectivité et la rationalité. Mais avant d'en parler concrètement, un petit détour s'impose... par l'entendement et la vérité scientifique.

      L’entendement est un concept philosophique — aussi utilisé en psychologie — qui, grosso modo, renvoie à la faculté de comprendre le monde. Les penseurs de la modernité, Descartes, Kant et cie, vont associer l’entendement à la rationalité. On n’a eu cesse depuis de distinguer la connaissance dite scientifique de celle qui se transmet via les croyances dites populaires. Le philosophe Schopenhauer (19e) posait que le défaut d’entendement menait à la stupidité. C’était le bon temps de la modernité ostentatoire européenne. Élites éclairées, masses incultes, nouvelle version de la caverne de Platon.

      Depuis, la définition de l’entendement s’est quelque peu brouillée, tant les connaissances scientifiques ont pu être remises en question, réfutées pour certaines, alors que les folkloristes et ethnologues ont montré que certaines croyances populaires n’en exprimaient pas moins de la connaissance, des vérités même. On peut ainsi poser que l’entendement, défini par ce qui « est entendu », soit ce qui contribue à une vision ou une compréhension du monde, comporte une dimension sociale et culturelle. Galilée s'en est rendu compte en affirmant que la terre tourne autour du soleil, et non l'inverse. De même, le classement des espèces de Darwin a remis en question les croyances populaires (religieuses), non mais, non seulement la terre n'est pas le centre de l'univers, mais les humains descendent du singe ! Cela fait toujours débats d'ailleurs dans certaines aires religieuses !

      Dans le même esprit, tout le monde sait, et surtout les étudiant.es de géographie du master CPP, que la terre est plate : https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/observation-terre-platistes-ne-voient-pas-terre-ronde-91854/ Bon, elle est ronde, bien sûr. On le sait depuis Pythagore et Erastosthène, qui, en l’an 200 av., a mesuré sa circonférence ; on sait aussi qu’elle tourne autour du soleil. Même qu’en 1992, 300 cents ans plus tard, l’Église catholique a reconnu que Galilée avait raison ! (https://www.afis.org/Galilee-avait-tort-l-Eglise-avait-raison). Pourtant en 2011, à South Bend en Indiana, se tenait un congrès réunissant dix conférenciers dont la tâche était de démontrer « scientifiquement » que Galilée avait tort, l’Église avait raison : https://www.afis.org/Galilee-avait-tort-l-Eglise-avait-raison. Les vérités scientifiques n’empêchent donc pas la liberté de penser autrement. Pourquoi pas ? Le côté obscure est qu'on peut avoir l'impression aujourd'hui, avec l’empire Facebook et les réseaux sociaux, que Schopenhauer a toujours raison ! On parle d'ailleurs d'une époque post vérité, au-delà des vérités scientifiques ou des faits avérés.

      Tout ça pour dire que l'entendement scientifique a un impact sur nos représentations, sur l’idée que l’on peut se faire de ceci et cela. Mais aussi, et c'est ce qui nous intéresse ici - désolé pour le détour - sur la façon même de concevoir la démarche scientifique. La réflexivité, en général mais surtout en sciences humaines et sociales, est donc un moyen de réfléchir à notre rapport à cette démarche, de remettre en cause par exemple, l’objectivité, cette dimension fondamentale de l'entendement scientifique moderne, qui est au cœur des représentations sociales et culturelles de la science. On vous en parle depuis le Lycée, voire le collège, à la maison, à la télé. La réflexivité comporte ainsi une dimension conceptuelle qui permet de reconsidérer le sens et la portée de l’objectivité qui domine dans l’entendement scientifique.

      Pour tout dire, je me suis fait quelque plaisir en écrivant ce qui précède, car le sujet de l'entendement m'intéresse, mais aussi parce que je suis animé par l’espoir qu’aucun mémoire des CPPs ne mentionnera plus qu’il faut être objectif, que votre compréhension et l'interprétation des résultats de votre recherche découlent pas d'un rapport objectif et rationnel à votre sujet de recherche. L'idée est plutôt qu'en sciences humaines et sociales, tout savoir, toute recherche, résulte d'un positionnement ou d'une position. On parle aussi de savoir situé. Certain.es parlent d'une "objectivité supérieure, soit une objectivité consciente du contexte et de la situation dans laquelle on obtient de l'information, des gens à qui on s'adresse, du rapport "étudiant-étudié", etc.

      lI faudra y revenir aussi dans la prochaine section. Entretemps, vous pouvez lire les textes sur la réflexivité et, surtout, faire la petite enquête sur l’entendement scientifique.