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La littérature et les médias de Karl Kraus à nos jours

 

Depuis l’ère du journal au XIXe siècle jusqu’aux réseaux sociaux, la production et la réception des textes littéraires sont intriquées aux médias de masse. Roman, essai, polémique, Feuilleton… tels sont quelques-uns des genres textuels qui ont été diffusés ou même engendrés par les médias modernes. Et, depuis au moins Illusions perdues de Balzac, le monde des médias a été représenté par la littérature sur les registres de la fascination, de la critique et/ou de la rivalité. Ce séminaire dirigé invite à explorer l’histoire tumultueuse des relations entre la littérature de langue allemande et les médias.

On se demandera ainsi quelles attitudes les écrivains ont adoptées face aux nouveaux médias : comment ont-ils cherché à s’approprier la presse, la radio, la télévision ou encore Internet ? Faut-il détourner les médias à l’usage de la littérature, ou s’en détourner ? Qu’est-ce que les tournants médiatiques font à la littérature, et de quelles manières celle-ci cherche-t-elle à les épouser, ou à leur opposer d’autres temporalités, d’autres langages ? Les mass media ne sont-ils que des supports neutres, des moyens de diffusion et de démocratisation, ou bien des puissances aliénantes, voire les matrices d’êtres humains réduits à des spectateurs-consommateurs ? Que devient la fiction dans l’« universel reportage » (Mallarmé) ; et à l’inverse, quels rapports avec les faits la littérature entretient-elle ? Et quel peut être le rôle de la littérature face aux flux d’images médiatiques et aux langages préfabriqués par la presse ou aujourd’hui par l’IA ?

Ce séminaire partira d’extraits de l’œuvre du satiriste viennois Karl Kraus (1874-1936), considéré comme le premier grand critique des médias, qui a documenté et littérarisé le rôle des médias dans la société de masse et ses catastrophes (Première guerre mondiale, nazisme) à travers sa revue Die Fackel, publiée entre 1899 et 1936, ses drames (Die letzten Tage der Menschheit) et ses poèmes. Satirique, théâtrale et éminemment littéraire, son œuvre explore entre autres le rôle des fake news, ou des reportages de guerre, à travers la critique du langage, par exemple des phrases toutes faites (Phrasen).

A la suite de Kraus (et parfois dans son sillage littéraire ou critique), nous lirons des textes fictionnels, dramatiques et critiques de genres et de formes variés, allant de Bertolt Brecht à Hans Magnus Enzensberger, Elfriede Jelinek ou encore Falk Richter.

Ce séminaire propose autant un parcours à travers la littérature germanophone du XXe siècle au prisme des évolutions médiatiques qu’une invitation à un usage conscient des médias, en concevant la littérature comme une école du regard et de la lecture.


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