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 Il est courant de présenter les activités et les résultats scientifiques comme étant objectifs par excellence. Les observations y seraient dénuées d’interprétation, les dispositifs expérimentaux régimentés et leurs résultats reproductibles, les jugements et évaluations de théorie rationnels et imperméables aux biais.

Pourtant, l’objectivité de la science ne va pas de soi. D’abord parce que ses définitions sont multiples et qu’elle concerne comme on vient de le dire plusieurs aspects de l’activité scientifique, allant de l’observation, la mesure et l’expérimentation à l’évaluation des théories. Ensuite parce qu’elle est difficile à atteindre et que les contraintes qu’elle pose évoluent avec les époques et varient selon les disciplines. Enfin parce qu’il n’est finalement pas évident qu’elle soit atteignable ni même désirable au sein de communautés scientifiques diverses, hétérogènes, dans lesquelles une variété de perspectives individuelles et de subjectivités peut être recherchée plutôt que combattue.

Dans ce cours, nous nous intéresserons ainsi aux diverses acceptions de l’objectivité, à la question normative concernant son intérêt, et à sa faisabilité. Nous discuterons le mythe du point de vue de nulle part et l’idéal d’une science débarrassée des valeurs personnelles et des biais idiosyncrasiques. Nous verrons si, et si oui comment l’objectivité scientifique pourrait être maintenue malgré la dimension irrémédiablement collective de la science, en dépit des échecs répétés à identifier une méthode scientifique rationnelle, et comment elle peut par ailleurs être réconciliée avec la philosophie féministe des sciences.

Le cours ne nécessite pas d’autres connaissances que celles acquises dans le cours de philosophie des sciences de première année (notions qui seront de toute façon rappelées).

Eléments de bibliographie :

Anastasios Brenner, Raison scientifique et valeurs humaines : essai sur les critères du choix objectifs, 2011, PUF.

Lorraine Daston & Peter Galison, Objectivité, 2012, Les presses du réel.

Pierre Duhem, La théorie physique, son objet et sa structure, 1906, repr. Vrin.

Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, 1962, trad. Champs Flammarion.

Thomas S. Kuhn, La tension essentielle : Tradition et changement dans les sciences, 1990 [1977], Gallimard.


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