Résumé - les politiques de civilité dans la Chine post-Maoïste (Victor Louzon)

Résumé - les politiques de civilité dans la Chine post-Maoïste (Victor Louzon)

par Adele Otthoffer,
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Le texte de Victor Louzon s'intéresse à la campagne « WJSM » lancée par le Parti Communiste Chinois dans les années 1980. Cette campagne promeut des politiques publiques de civilité touchant au règlement des comportements individuels, et s'inscrit dans la ligne des politiques de pacification de la société civile entamées par le régime chinois après la mort de Mao.

→ L'auteur qualifie la campagne de thermidorienne car elle cherche à pacifier une société chinoise brutalisée par la Révolution Culturelle, en référence à la Révolution Française où le gouvernement thermidorien a pour but principal de mettre fin à la Terreur et à ses excès pour permettre un retour à l'ordre après la mort de Robespierre.

Les buts des politiques de civilités de la campagne WJSM étaient les suivants :

  • Accompagner la fin de la lutte des classes

  • Stabiliser la société civile et promouvoir le retour à l'ordre après la Révolution Culturelle

  • Promouvoir la coexistence sociale (les ennemis d'hier sont les voisins d'aujourd'hui)

Cette campagne de civilité est réalisée par étapes : premièrement sont menés des essais locaux, puis progressivement, elle se voit institutionnalisée par le pouvoir.

→ Elle possède des caractéristiques distinctes (qui la différencient de politiques de civilité antérieures d'inspiration confucéenne) :

  • Pas de promotion de discipline sociale sur modèle militaire : l’État souhaite récupérer le monopole de la violence légitime exclusive après la Révolution Culturelle et les excès des Gardes Rouge.

  • Objectif de « civilianisation » : il s'agit de faire la promotion de comportements issus du monde civil, du citoyen ordinaire, du travailleur classique et honnête, et plus de figures héroïques hors du commun.

  • Agir sur les comportements individuels : que les citoyens respectent leur environnement (exemple : ne pas dégrader les espaces publics), qu'ils suivent des règles d'hygiène et d'ordre (exemple : faire la queue sans se bousculer, ne pas dégrader les toilettes publiques, être poli...), et qu'ils respectent leurs pairs, que ce soit en milieu familial (sphère privée) ou professionnel (sphère publique).

  • La campagne de civilité semble cibler les jeunes en particulier : dans l'imaginaire commun, la jeunesse est encore associée au désordre de la Révolution Culturelle, et à la violence des gardes rouges.

→ L'article fait ensuite une analyse des résistances à la campagne « WJSM » :

  • Les politiques de civilité sont perçues comme principalement destinées aux jeunes par certains cadres du régime à cause de leur dimension éducationnelle, et ont donc tendance à être mal reçues/comprises par les plus vieilles générations. 

  • Les politiques sont rendues incertaines par le contraste entre des buts ambitieux (but civilisationnel, toucher les individus jusqu'à ce qu'ils auto-corrigent leurs propres comportements) et les moyens mobilisés (utilisation majoritaire de rétributions symboliques, peu de récompenses pécuniaires si bonne conduite)

  • La campagne soulève un paradoxe entre un modèle social qui défend un paradis ouvrier où la figure ouvrière est supposément toute puissante, et des incitations au respect (inter-générationnel, hiérarchique...) qui rappellent les logiques bourgeoises/et/féodales de la Chine pré-révolutionnaire (par exemple en ce qui concerne le respect de la hiérarchie : attention à la confusion entre logique de respect et d'infériorité intériorisée) 

Commentaire
> Parallèle à dresser avec les théories de Michel Foucault concernant l'auto-correction comportementale des individus dans les sociétés modernes liée à l'intériorisation de la surveillance, ce qui permet de contourner la répression directe des comportements jugés "déviants" (?) 
Cette régulation indirecte des comportements s'inscrirait dans une logique de pacification de la société chinoise brutalisée où le contrôle est toujours recherché par l'élite au pouvoir (qui ne peut pas décrier le passé dont elle tire son autorité), mais qui est face à un impératif de retour à l'ordre.