"How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

"How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

par Christina Dahiri Lefevre,
Nombre de réponses : 4

"How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze

Christina Dahiri Lefèvre 


I. Quelles sont les grandes lignes de l’article ?

     Adam Tooze pose une question fondamentale dans son article: Pourquoi la Chine ne connaît-elle pas l’effondrement que subit l’URSS à la fin des années 1980 alors même que son régime ressemble par tant d’aspects à celui de cette dernière ?

     En effet, le démantèlement de l’URSS entraîne un effondrement de l’économie et une baisse drastique du niveau de vie dans les anciens pays de l’Union soviétique. C’est cependant le contraire qui se passe en Chine: le pays est au même moment en pleine croissance sous la direction du parti communiste, le niveau de vie s’améliore et le poids économique devient de plus en plus important.

     Adam Tooze se penche alors sur les causes de ce retournement en citant et s’appuyant sur plusieurs travaux, notamment ceux d’Isabella Weber. Il explique entre autres que la Chine a su rejeter la « thérapie de choc » appliquée à l’URSS pour mettre en place des réformes de façon plus graduelle et modérée. Une des facteurs du succès chinois réside également dans l’autonomie du parti, celui-ci étant capable de conserver le contrôle macroéconomique. 


II. Quelles sont les questions intéressantes à soulever ?

     Je souhaiterais soulever deux questions me paraissant intéressantes après la lecture de ce texte: 

-Jusqu’à quel point peut-on comparer les trajectoires soviétiques et chinoises, compte-tenu des différences économiques, sociales et culturelles des deux pays malgré leurs nombreuses ressemblances ?

-L’article insiste fortement sur le succès économique de la Chine. Cependant, si les réformes menées ont permis une croissance économique, qu’en est-il des fractures sociales ? Nous n'avons pas d'information sur les inégalités, sur la situation économique des régions rurales entre autres. N’y a t-il pas une certaine invisibilisation de ces dernières au profit du succès économique ?

En réponse à Christina Dahiri Lefevre

Re: "How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

par Mariama Bah,
Cet article d’Adam Tooze explique que la Chine a évité l'effondrement soviétique en rejetant la "thérapie de choc" pour un modèle de réforme graduelle (*Dual-Track*). Cette stratégie économique, soutenue par des pragmatistes, a triomphé des appels à une libéralisation soudaine, garantissant la stabilité macroéconomique. La résilience de la Chine repose sur l'autonomie politique du Parti, la centralisation du pouvoir (notamment sous Xi Jinping) et le maintien de la discipline léniniste, lui donnant la capacité d'annuler les politiques jugées dangereuses.

Le texte se concentre presque exclusivement sur le débat des économistes chinois (pragmatistes vs. radicaux) et l'échec de la libéralisation des prix en 1988 pour expliquer pourquoi la Chine a évité l'effondrement. Bien que mentionnée, la répression politique de Tiananmen en 1989 et l'absence de libéralisation politique (contrairement à l'URSS) sont sous-développées comme conditions du succès économique. L’auteur de l’article note que la Chine a subi un "choc politique" (les évènements de Tienanmen de 1989), mais il ne lie pas explicitement comment la coercition politique a permis d'imposer un contrôle économique (la consolidation fiscale et monétaire post-1989) sans générer une contre-révolution massive. On peut donc se demander si le succès du "Dual-Track" aurait pu survivre sans l’absence de pluralisme politique (contrairement au cas de Gorbatchev qui a lié ses réformes économiques à la *Glasnost*)? Et comment l’autonomie politique est-elle liée à la répression politique? N’est-ce pas la répression qui garantit cette autonomie face aux pressions populaires et aux idées libérales?

Et sur un autre point, qui peut faire l’objet entier d’un article à mon avis. L’article mentionne que Xi Jinping voit l’imposition de la discipline du Parti comme une “marque de son destin historique”, mais cette discipline pourrait être mieux définie en poussant la discussion sur les caractéristiques léninistes du PCC qui ont rendu possible le succès pragmatique. Le Parti ne se voit pas seulement comme un gouvernement mais comme une avant-garde qui détient la vérité historique et scientifique (cf. le débat sur les “lois objectives de l’histoire” du procès de la Bande des Quatre). C’est cette légitimité idéologique supérieure qui a permis d’annuler des décisions (comme la libéralisation des prix en 1988) sans perdre le pouvoir. On peut donc se demander si la “victoire du pragmatisme” est-elle réellement la victoire d’une idée économique, ou la victoire du Parti en tant qu’institution léniniste suprême qui a le droit et l’autonomie d’adapter l’idéologie, le marxisme, aux réalités, l’économie de marché, pour assurer sa propre survie? Et comment l’héritage de la Révolution Culturelle (que les pragmatiques ont connus dans les campagnes) a-t-il façonné leur prudence économique et leur méfiance envers les théories “abstraites” occidentales?
En réponse à Mariama Bah

Re: "How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

par Sarah Soule,
Adam Tooze réfléchit à la raison du maintien et de la réussite de la Chine qui survit quant à elle, à la différence de l’effondrement qui survient dans les années 1990 du bloc soviétique. Il s’interroge par ailleurs sur la lecture néolibérale et ses influences dans l’établissement de l’horizon économique de la Chine. Si le gouvernement chinois s’accorde à se féliciter lui-même pour son “miracle économique” en le justifiant comme étant une modernisation purement chinoise sans la moindre influence externe (ici qui ne s’appuie pas sur des modèles occidentaux), Adam Tooze réfute cette idée. Les années 1980 les théories de modernisation économiques occidentales sont connues par les économistes chinois, l’information et la connaissance de ces théories circulent et se fondent dans les décisions et directives prises par les Chinois. Adam Tooze insiste donc que les cercles intellectuels chinois ne sont pas fermés aux théories et travaux économistes occidentaux, idée appuyée par Julian Gerwitz.
Zhao Ziyang alors à la tête de la Chine est partagé entre deux visions: un groupe plus jeune d’intellectuels, dit réformés, qui ont une approche plus audacieuse, inspirés par la circulation des informations et de l’intellectualisme étrangers et de l’autre les pragmatiques, des victimes de la Révolution culturelle qui tempère et sont partisans pour le choix du gradualisme. Dans son analyse Isabella Weber explique que la libéralisation et l’ouverture du marché et des prix de façon soudaine, serait prendre le risque d’une inflation conséquente. Et donc pour limiter l’inflation, il fallait un certain contrôle de l’Etat.

Ce qu’en dit Tooze c’est l’importance de la lecture de l’histoire chinoise et des réformes économiques chinoises qui pour lui sont économiques. Comment la Chine écrit-elle, ou réécrit-elle son histoire et ses événements passés mais également son futur? Et comment les puissances étrangères vont-elles interpréter et écrire sur le sujet? Finalement cette guerre de réformes économiques va au-delà même d’une bataille entre deux visions de la libéralisation et du progrès du marché chinois mais décrit aussi une guerre intellectuelle et un jeu de pouvoir. La réussite des réformes chinoises se fonde aussi sur ce jeu de pouvoir, d'une stabilité branlante et d'une certaine opposition entre les visions intellectuelles et politiques du devenir de l'économie. D'autant que pour Weber, l'échiquier économique fut l'un des moyens pour des factions chinoises à s'immiscer au pouvoir.
En réponse à Sarah Soule

Re: "How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

par Ines Hindi,

L'originalité du texte réside principalement dans son approche de l'économie politique comparative. En effet, A.Tooze reprend la thèse d’Isabella Weber qui change les termes du débat : sa question n'est pas tant de savoir comment la Chine a bénéficié de l'ouverture économique, mais plutôt comment elle a réussi à éviter le désastre que l'intégration dans l'économie mondiale est devenue pour le bloc soviétique.

D’une part, le texte montre que l'interprétation selon laquelle la Chine aurait réussi en ignorant l'économie occidentale (un point que les nationalistes chinois aiment revendiquer) n'est pas véridique. En réalité, les conseillers économiques chinois ont eu des contacts avec l'Occident durant les années 1980. Ainsi, le succès ne serait pas une conséquence de l'isolement idéologique, mais de l'autonomie politique qui a permis aux Chinois de choisir et d'adapter les doctrines, plutôt que d'être soumis à une idéologie néolibérale hégémonique comme ce fut le cas en Russie. 

Le texte propose également une reconstruction des débats internes qui ont eu lieu en Chine dans les années 1980, montrant que les réformateurs étaient profondément divisés sur la question fondamentale de l'inflation :

·       Le groupe du package reform, partisan de la libéralisation des prix = big bang

-       Inspirés par M.Friedman, l’inflation est percue comme un phénomène strictement monétaire

·       Le groupe pragmatique, partisan du dual track system

-       Perception de l’inflation comme la moyenne de changements de prix microéconomiques spécifiques

 Selon moi, le point le plus frappant est la conclusion ironique selon laquelle le résultat historique a été dicté par la politique et la loyauté plutôt que par l’économie. Lorsque la tentative de Big Bang du Premier Zhao Ziyang a échoué en 1988, entraînant une une inflation annuelle de 28 %, la position des pragmatistes a été validée sur le plan économique.

Pourtant, c'est le groupe radical (les partisans du Big Bang, comme Wu Jinglian et Zhou Xiaochuan) qui est revenu en force après 1989. La raison est purement politique : les pragmatiques sont restés fidèles à Zhao Ziyang et ont été réduits au silence ou à l'exil, tandis que les radicaux ont fait preuve de "pragmatisme politique" en dénonçant Zhao qui ont été récompensés par des postes clés dans les années suivantes.

Finalement, le texte semble établir que c’est la survie d'un État fort (le PCC) qui permis à la Chine une réforme graduelle contrairement à la Russie

--> L’État fort étant un moyen de placer l’intérêt national au-dessus des groupes d’intérêts puissants.


En réponse à Ines Hindi

Re: "How China avoided Soviet-Style Collapse", Adam Tooze - Christina DAHIRI LEFÈVRE

par Clara Stocco,
L'article s'intéresse à la réussite économique de la Chine mais pas des chinois et chinoises. Quand est-il de leur pouvoir économique réelle, le succès économique de la Chine s'est-elle accompagné d'un enrichissement signifcative des habitants ou non, si oui il y a-t-il des disparités selon les régions ?

L'article mentionne aussi les connaissances des économistes chinois sur les politiques et modèles économiques occidentaux. Quel rôle a joué l'ouverture de la chine sur sa croissance économique, que ce soit en terme d’investissements étrangers ou d’aides ?

Quel rôle a joué l’effondrement économique de l’URSS sur la politique chinoise. Est-ce que ca a été perçu comme un avertissement potentiel ou seulement comme une affaire sans résonnance avec la situation chinoise. Bien que l’article fasse la parallèle entre économie chinoise et soviétique, la comparaison semble difficile à tenir compte tenu des différences entre les deux pays.