Une question en particulier a guidé ma lecture de l’article d’Alexandre Cook : pourquoi le régime chinois, alors même que l’image de Mao était déjà largement ternie au sein de la population, a-t-il choisi de le préserver symboliquement au lieu de s’en distancier complètement pour mieux légitimer sa propre autorité ? Ce qui m’a le plus frappée, c’est justement le caractère profondément paradoxal de cette position. Le Parti veut rompre avec les excès du maoïsme pour tourner la page de la Révolution culturelle, mais en même temps, il ne peut pas condamner ouvertement celui qui incarne la fondation du régime. Pour éviter une crise idéologique, il choisit donc une forme d’équilibre fragile : reconnaître les « erreurs » du passé sans les qualifier de « crimes », de manière à préserver la légitimité historique du Parti tout en marquant une apparente rupture. Néanmoins, cette stratégie me paraît incohérente. Comment prétendre ouvrir une nouvelle ère politique tout en préservant l'image, même partiellement, de l’homme à l’origine du chaos précédent ? Dans un contexte où la population, surtout la jeunesse, a déjà perdu confiance dans le régime, cette tentative de conciliation ne peut qu’entretenir le doute et accentuer la désillusion. Malgré la peur évidente d'une crise idéologique, j'ai l'impression que cette tactique politique ne fait que décrédibiliser le régime davantage. Le procès de la Révolution culturelle, censé clore symboliquement cette période, prend une dimension pédagogique profondément ambiguë : il montre la fin d’une ère sans oser désigner le véritable coupable (ou du moins il présente de "faux" coupables pour déresponsabiliser le principal instigateur de la crise). Ce paradoxe est d’autant plus visible que le Grand Bond en avant n’a pas été remis en question et que la résolution de 1981 continue de présenter les années 1956–1966 comme une période de « construction du socialisme ». Finalement, cette volonté de préserver Mao tout en s’en démarquant me semble trahir la contradiction interne du régime, partagé entre la nécessité de se réinventer et la peur de saper ses propres fondements idéologiques.