La réhabilitation de victimes d’erreurs politiques permet d’effectuer un travail de mémoire collective suite à la Révolution culturelle. Au travers du processus de réhabilitation, les victimes font entendre des expériences souvent violentes et longtemps tues, ouvrant un espace d’expression assez nouveau. On assiste à une forme de libération de la parole des plaignants cherchant à être réhabilités. Les victimes deviennent actrices de la mémoire mais sans pour autant s’extraire du cadre du régime puisque c’est ce dernier qui orchestre les procédures de réhabilitation. Peut-on parler d’un véritable travail de mémoire collectif ou plutôt d’une mémoire « autorisée » et « encadrée » par le pouvoir chinois ? La correction d’une étiquette de classe revient-elle à rendre justice ou simplement à opérer un ajustement administratif/idéologique ?
La réhabilitation semble demeurer un outil politique, au service des idéaux du parti. Les critères de réhabilitation s’élargissent mais sont néanmoins stricts selon le profil du plaignant. N’est-elle donc pas essentiellement un outil politique destiné à redorer l’image du parti plutôt qu’un moyen pour les victimes d’obtenir justice ? Le parti reste juge et arbitre de ses propres fautes car ce sont des organes du parti qui acceptent ou non la réhabilitation (« une tête, trois pieds, deux face-à-face »). Ne serait-ce pas sous couvert de justice une méthode de légitimation du parti ?
La restitution est limitée par une absence d’indemnisation et de réparation pour certaines victimes. Les réhabilitations sont sélectives et donc partielles (« les seuls grands coupables sont les membres de la bande des Quatre et Lin Piao ; les centaines de milliers de cadres locaux ayant prononcé des sanctions abusives ou erronées sont de simples « parties en cause »). Le cadrage de ces réhabilitations pose question sur les objectifs sous-jacents. En désignant quelques coupables seulement, le parti ne cherche-t-il pas à masquer sa responsabilité ?