L'Élégie du fleuve

L'Élégie du fleuve

par Faustine Bruckert--Demozay,
Nombre de réponses : 0

Résumé :

« LÉlégie du fleuve » ( - Heshang) est une série documentaire en six épisodes réalisée par Su Xiaokang et diffusée sur la Télévision Centrale de Chine (CCTV) en juin 1988.

Le documentaire livre une relecture critique de l’histoire et de la culture chinoises, en mobilisant des symboles traditionnels tels que le Dragon, la Grande Muraille et le Fleuve Jaune. Ce dernier est présenté, à la fois comme cœur de la nation mais aussi comme la source de son immobilisme.

Diffusé dans un contexte de relâchement du contrôle du Parti et d’apogée relative de la liberté d’expression, le documentaire formule des critiques vis-à-vis des autorités et de leur idéologie. Ainsi, par exemple, le Parti communiste chinoise ne serait qu’une réincarnation de l’éternel despote asiatique.

Le documentaire s’interroge sur l’avenir de la Chine, qui se situerait à un tournant de son histoire : le maintien de son déclin ou l’introduction d’une nouvelle vitalité. Il illustre son propos par une opposition entre deux couleurs, pour deux « civilisations » : un déclin de la civilisation du fleuve et de la terre jaune, à savoir la Chine, contre l’exaltation de la civilisation de l’océan bleu, à savoir l’Occident. Par conséquent, le documentaire préconise la modernisation par l’ouverture, par l’occidentalisation. Il se place en faveur des réformes initiées par Deng Xiaoping.

Réflexion :

Comment des critiques aussi frontales (de Marx et Hegel, du Grand Bond en Avant, des dégâts de la bureaucratie, des privilèges et da corruption sur les quatre modernisations) ont pu être diffusées sur une chaîne de télévision d’Etat ?

La critique me semble utiliser certaines conceptions similaires à celles communistes. Par exemple, la nécessité de naissance d’une nouvelle civilisation, d’une nouvelle culture me rappelle le projet anthropologique du communisme. L’arriération et la « mauvaise qualité » des personnes me rappelle la « mauvaise qualité » des personnes portant une étiquettes de classe infamante apposée par le PCC. Est-ce le cas ? Si oui, comment l’expliquer ? Est-ce le résultat d’un cadre d’expression jusqu’alors limité, qui structurerait la pensée même dans un moment de contestation ? Est-ce une stratégie pour rendre le documentaire diffusable ?