Documentaire « L’Élégie du Fleuve »
Christina DAHIRI LEFÈVRE
I. Résumé et contexte
« L’Élégie du Fleuve » est une série documentaire en six parties réalisée par Xia Jun en 1988. Elle a suscité de nombreuses discussions et débats au moment de sa première diffusion à échelle nationale.
Il est essentiel de comprendre le contexte dans lequel s’inscrit sa diffusion: il s’agit d’un moment où la liberté d'expression et de la presse sont à leur apogée en Chine, ce qui se voit dans l’esprit critique dont fait preuve le narrateur et dans sa grande prise de recul permettant de passer en revue le passé et les perspectives d'avenir du pays.
On peut également préciser que le fleuve Jaune rêvet une grande importance tout au long du documentaire, importance symbolique car il représente le peuple chinois avec ses souffrances, ses traumatismes, ses évolutions mais également ses perspectives d’avenir et l’espoir qu’il peut avoir. On suit finalement le documentaire et l’évolution de l’histoire chinoise comme le cours d’eau nous ferait avancer.
II. Je souhaiterais soulever plusieurs points du documentaire m’ayant paru très intéressants:
Tout d’abord, l’esprit critique dont celui-ci fait preuve envers son propre peuple. Il est frappant de voir combien la parole s’est ouverte et libéralisée à ce moment-là, marquant un véritable tournant historique.
Il me semble important de citer ici quelques idées développées par le narrateur illustrant le propos antérieur: « why did the flow of Chinese civilization dim after the 17th century ? Why did such an ingenious people turn so dull and decrepit ? », « to save a declining culture, we must open our nation’s door to embrace the new dawn of science and democracy » ou bien encore l’emploi du qualificatif « mad years » pour définir le « Grand Bond en Avant ». Il est également frappant de voir la démystification d’icônes culturelles chinoises dominantes telles que le dragon ou la Grande Muraille.
Il y a également plusieurs grandes idées qui émergent de ce documentaire et qui doivent servir de guide pour l’avenir: la Chine doit s’ouvrir et ne plus rester repliée sur elle-même si elle tend au progrès, elle se doit désormais d’accorder une grande importance à l’éducation, la science tout comme à la figure de l’intellectuel pourtant tant rejetée auparavant, ces notions étant désormais assimilées au progrès et à la liberté.
De grandes interrogations sont également posées et sont révélatrices d’une prise de recul et de conscience de la situation intérieure du pays. L’une des interrogations que j’ai retenues est « why has the light of foreign culture and science remained only a flicker in China ? » car elle est représentative d’une ouverture progressive de la Chine vers l’extérieur, d’un décentrement de cette dernière reconnaissant désormais les apports des cultures étrangères et étant prête à en faire bon usage pour redresser la situation intérieure.
Je souhaiterais également m’attarder sur une notion qui m’a parue centrale tout au long du documentaire, celle d’ « avenir », de « futur », de « lendemain ». Le narrateur dit justement à un moment: « we are at a crossroad: we can let our ancient civilization decline or imbue it with new vitality ». Il s’agit en effet, et le narrateur insiste bien dessus, de laisser le passé derrière soi, de ne pas continuer à s’inscrire dans la « Historical tragedy » propre à la Chine jusqu’ici mais d’aller de l’avant, d’effectuer des réformes, autre mot central. Il faut réformer pour ne pas stagner.
Apparaît vraiment cette idée que la Chine est en retard tant du point de vue de l’éducation que des sciences, des ressources, du marché, qu’elle est « ancienne », « arriéré » par plusieurs aspects, et que seules les réformes pourront lui permettre de retrouver une vitalité (« regain its youth »), avec l’importance accordée à la jeunesse et l’énergie. D’où l’emploi à de nombreuses reprises des expressions « move ahead », « move forward », « break the recurring historical cycle ». Il s’agit de rompre le cycle d’une histoire tragique en allant de l’avant afin de garantir un meilleur avenir à ses descendants.
Enfin, la notion d’espoir apparaît comme fondamentale car elle transparaît tout au long du documentaire: il y a un véritable refus de revenir au passé sombre de la Chine, violent, « arriéré » par plusieurs aspects. Il y a une phrase en particulier qui représente cela à la perfection « Hopefully, history will not again play tricks on Chinese intellectuals. This is our deepest wish today », s’opposant bien ici à « yesterday ».
III. Après avoir dit tout cela, deux questions m’ont paru intéressantes à soulever:
Tout d’abord, jusqu’à quel point la culture traditionnelle chinoise et l’héritage du passé ont-ils pu constituer et constituent-t-ils aujourd’hui un obstacle pour la modernisation du pays, tant d’un point de vue économique que social ou culturel ?
Enfin, nous l’avons dit auparavant, l’esprit critique et la liberté de parole dont fait preuve le documentaire sont particulièrement frappants. Au regard de la situation de la Chine actuelle de Xi Jinping, pourrait-on attendre la production d'un pareil documentaire aujourd’hui ? Un documentaire faisant preuve d’un regard aussi critique et d’une prise de recul aussi importante sur le passé de la Chine et de ses erreurs ?