Liu Xinwu - Class Counselor

Liu Xinwu - Class Counselor

par Sophie Lamouroux,
Nombre de réponses : 2

Li Xinwu propose dans sa nouvelle une critique ouverte de la Révolution culturelle. Il adresse une triple critique : (1) de la Bande des Quatre (2) du système éducatif pendant la Révolution culturelle (3) de la responsabilité collective des enseignants. 

Chaque personnage est victime à un degré différent de la Révolution culturelle. Peu importe le statut, de l’élève ancien délinquant à la bonne élève en passant par les parents ou professeurs, aucun n’a été épargné par la Révolution culturelle.  

- L’ignorance de Song Baoqi l’a entrainé dans la délinquance. Il est le produit d’un système qui a rendu le savoir inutile. Il symbolise la jeunesse détruite par une absence d’éducation et de culture.

- Xie Huimin est une bonne élève devenue dogmatique et ignorante à cause de la Révolution culturelle. Elle symbolise l’embrigadement des bons élèves par la Bande des Quatre. Son portrait est intéressant car très ambivalent : elle est à la fois victime du système mais aussi presque complice car elle le perpétue. 

- Les adultes sont découragés (parents de Song Baoqi) et cyniques (Yin Dalei) : ils symbolisent la génération fatiguée et désorientée.

 Zhang Junshi représente une forme de héros en tant qu’éducateur courageux qui a compris la nécessité de reconstruire la génération perdue pendant la Révolution culturelle. Li Xinwu n’est pas pessimiste quant à l’avenir de son pays.

Enfin, Lin Xinwu oppose deux modèles d’éducation soulignant le rôle clé du contexte familial dans l’appréhension de la Révolution culturelle et de ses conséquences. Il existe une dualité entre d'une part, une famille obéissant aveuglément aux directives du parti, sans esprit critique et d'autre part, celle qui continue à lire et à s’informer activement et applique la théorie marxiste (existence d'une pensée indépendante). Ce modèle familial se place donc comme meilleur que le précédent.

 


En réponse à Sophie Lamouroux

Re: Liu Xinwu - Class Counselor

par Camille Furstoss,
Cette nouvelle est une sorte de fable à portée éducative et critique qui se déroule à l’été 1977. Liu Xinwu, à travers ses différents personnages, y présente une critique très directe de la bande des quatre et de la révolution culturelle, notamment d’un point de vue éducatif.

L’auteur présente ses personnages comme des victimes (notamment les élèves), à travers le point de vue du professeur principal Zhang Junshi. Ainsi, le personnage de Zhang Junshi, en tant qu’il a connu la période d’avant la révolution culturelle, ne cesse de comparer les différences de liberté entre les deux époques (notamment à propos des livres qui pouvaient être lus).

Le personnage de Xie Huimin est un exemple de la propagande éducative de la Révolution culturelle qui entraine selon l’auteur un grand manque d’esprit critique et de libre arbitre. Le personnage de Song Baoqi montre l’égarement des jeunes durant la période, les conséquences de l’absence d’éducation et de la suspension des écoles sur le comportement de la jeunesse.

Le point de vue du narrateur à la troisième personne, Zhang Junshi, représente la vision de l’auteur qui se désole des ravages de la Révolution culturelle mais qui toutefois reste convaincu qu’on peut rééduquer la jeunesse. On ressent la blessure que représente cette période pour Liu Xinwu mais aussi les désaccords criants avec le régime, qu’il a surement gardé pour lui durant la période maoïste.

Il est intéressant de voir que cette œuvre a été publiée en 1977, soit un an seulement après la mort de Mao. C’est un discours qui ne détonne pas avec le récit national de l’époque puisque la bande des quatre est constamment pointée du doigt comme responsable, toutefois l’auteur est particulièrement critique de la révolution culturelle ce qui est peut-être un peu plus marginal.
En réponse à Sophie Lamouroux

Re: Liu Xinwu - Class Counselor

par Michael Djaffardjee,
D’une part, le texte invite à une interrogation plus large sur la littérature des cicatrices, qui reflète un déplacement de la frontière du “dicible” en Chine après la Révolution culturelle :

- Littérature des cicatrices et pouvoir politique. Si ce mouvement littéraire est, dans une certaine mesure, rendu possible voire encouragé par le nouveau pouvoir en place : dans quelle mesure peut-on parler de liberté d’expression des écrivains ? La littérature n’est-elle pas au service du narratif du nouveau pouvoir en place ? Par ailleurs, est-ce une simple parenthèse contrôlée, ou le début d’un mouvement durable ?

- L’évolution de la littérature des cicatrices. N’y-a-t’il pas un risque que la critique de la Révolution culturelle puisse ouvrir la voie à une critique plus large du régime ?

D’autre part, le texte en lui-même invite à s’interroger sur l’état de la société chinoise :

- Modèle éducatif. La fin du texte appelle clairement à une réforme de l’enseignement : dans les faits, assiste-t-on après la Révolution culturelle à une réforme du système éducatif ?

- Littérature étrangère. Plusieurs œuvres étrangères sont structurantes dans le texte, comme The Gadfly, ou The Watch : dans les faits, quelle est l’influence des œuvres étrangères pour la jeunesse instruite ?