L'article met en dialogue deux thèses qui tentent de donner une explication à la "résilience" du système autoritaire chinois et du PCC qui a réussi à se maintenir au pouvoir et à contrôler le pays, face au danger que représentait la mort de Mao, figure centrale autour de laquelle s'était construit la RPC : la disparition du dirigeant aurait pu être source de désordre et constituer un réel danger pour la survie du régime, et pourtant ce dernier semble maintenant être largement stabilisé. Cette stabilité, Joseph Fewsmith l'explique par la consolidation d'un pouvoir centralisé autour des dirigeants successifs, là où Andrew J. Nathan l'explique par la création d'insitutions et de normes qui ont renforcé le régime (d'où le terme d'institutionnalisation). Or, leur point de désaccord vient notamment du fait que les deux thèses n'entendent pas de la même façon le terme d' "institutionnnalisation".
D'un côté, Fewsmith semble entendre l'institutionnalisation dans un sens wébérien, consistant en la création d'une bureaucratie dans un cadre rationnel et légal ("legal-rational bureaucracy"), c'est-à-dire la mise en place d'une organisation impersonnelle. Il est clair que le régime chinois ne s'est pas engagé dans cette voie. Pourtant Fewsmith indique qu'au sortir de la Révolution Culturelle, la volonté de Deng Xiaoping était de séparer le parti de l'Etat pour éviter la concentration du pouvoir en les mains d'une poignée d'hommes, ou d'un seul, tout cela devant se faire par la création, au moins dans une certaine mesure, d'une bureaucratie wébérienne. Or, une telle institutionnalisation aurait mené à une dénaturation du régime, pour un parti révolutionnaire reposant sur la mobilisation et la hiérarchie. Est-ce à dire que Deng Xiaoping et les réformateurs de 1978 ont cherché à dénaturer le système communiste ?
De plus, si le projet de Deng consistait à séparer le parti de l'Etat et de cantonner le premier à un rôle de superviseur et de pourvoyeur de lignes directrices, tandis que celui de Xi Jinping tendrais plus vers une monopolisation de l'ensemble du pouvoir et de la société, alors pourrait-on parler d'un retour, avec Xi Jinping, à la période maoiste dans la conception de l'organisation du pouvoir et de son rôle, ce par rapport à quoi Deng Xiaoping a cherché à rompre ? (auquel cas nous pourrions parler aussi de "résilience" puisque le phénomène implique le retour à un état initial, à la "restauration [des] structures essentielles et [des] fonctions de bases" selon la définition, ici géographique, de United Nations International Strategy for Disaster Reduction ).
De l'autre côté, Nathan, sans contredire la thèse de Fewsmith mais en la complétant, soutient l'idée selon laquelle il y aurait bien eu une consolidation du pouvoir à travers les dirigeants successifs, et plus encore avec Xi Jinping, mais que cela s'était fait dans les limites des institutions existantes. De plus il rappelle que Xi a créé de nouvelles institutions ou en a renforcé certaines. Il y aurait donc bien une institutionnalisation pour lui. Mais le recours à des institutions déjà établies dans lesquelles se déploie et se renforce le pouvoir central, est-il suffisant à dire qu'il y a une institutionnalisation ? Les coutûmes d'usage et les normes régissant ces institutions sont-elles respectées ? Ne pourrait-on pas parler d'une institutionnalisation dans la forme (recours à des institutions existantes) mais pas dans le fond (usage inédit et réforme de ces institutions) ? (exemple du Central Discipline Inspection Commission et de Hu Jintao, "Hu Jintao had succeeded to the position, but not the power")
Enfin, s'il y a bien recours aux institutions existantes pour consolider le pouvoir central, comment les dirgeants présentent-ils leurs politiques, réformes, ou mesures qui leur permettent de renforcer leur pouvoir ? Qu'en est-il des discours officiels par rapport aux institutions ? Y a-t-il une certaine institutionnalisation apparente à travers les discours officiels qui légitiment la consolidation du pouvoir, en s'appuyant sur les organes et normes du parti ?