Commentaire Texte d'Isabelle Thireau

Re: Commentaire Texte d'Isabelle Thireau

par Eliot Desenclos,
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Les ruses de la Démocratie est un titre qui nous permet déjà de nous poser la question : Le xinfang est-il une ruse administrative : un moyen de donner au peuple le sentiment d’être entendu tout en préservant le contrôle central ? Isabelle Thireau met en évidence ce paradoxe, tout en montrant un pouvoir moins répressif voir même "compréhensif" le Comité central joue la carte d'un pouvoir transparent à l'écoute de ses administrés. Néanmoins, on retrouve une structure verticale et paternaliste de communication entre le peuple et l’État qui peut avoir pour objectif "d'endormir" la population. Les citoyens ne se mettent pas dans une situation de remise en cause du pouvoir car celui-ci lui donne l'illusion qu'ils peuvent vraiment avoir une influence sur celui-ci. Il permet également aux autorités de repérer des citoyens mécontents voir séditieux au régime et de faire taire cette opposition si elle devient trop gênante. Alors le passé est-il mobilisé pour rassurer ( dans une forme de continuité culturelle) ou pour neutraliser la contestation (en donnant un cadre à la plainte) ?
Le chapitre 6 met une autre arme du régime : la réhabilitation. Pour nous, occidentaux, il nous parait impensable qu'une personne ayant été condamné puis gracié puisse reprendre un pouvoir conséquent. Par exemple, Philippe Pétain, condamné à mort – par 14 voix contre 13 est gracié puis emprisonné à perpétuité ou il termine sa vie peu de temps après le le 23 juillet 1951. Bien que gracié, Pétain n'est pas réhabilité, il gardera pour la postérité l'image du collaborateur avec le régime nazi au détriment de la nation.
En Chine, nombre de proches de Mao ont été emprisonné, puis réhabilité, l'un des exemples les plus concret est celui de Deng Xiaoping. Disgracié dans les années 60 durant la Révolution culturelle, il est réhabilité une première fois en 1973 puis est remis à l'écart pour être pleinement réhabilité en 1977 pour enfin redevenir vice-Premier ministre puis, progressivement, le véritable dirigeant de la Chine à partir de 1978. Il a été écarté car il ne convenait pas, à une certaine période, aux volontés de Mao mais bien que disgracié plusieurs fois, il parvient au sommet du pouvoir. Cette spécificité chinoise est intéressante, d'un camp de rééducation politique par le travail on peut reprendre quelques années plus tard un poste important. Mais est-ce une véritable réhabilitation? Est-elle un outil politique plus qu’un véritable processus de justice ? Est-ce qu’il peut y avoir une forme de réhabilitation pour Lin Biao par exemple?
Thireau souligne dans ce chapitre que cette démarche s’accompagne d’une gestion sélective de la mémoire collective. Les médias et les institutions publiques mettent en avant des cas de victimes de la Révolution culturelle ou de la Bande des Quatre, mais évitent les épisodes où la responsabilité du Parti tout entier pourrait être questionnée. Cette sélection oriente la mémoire nationale et cette réécriture mémorielle s'inscrit dans le temps et devient une vérité. En se montrant capable d'autocritique, le Parti montre sa capacité d'évolution et de compréhension de ses administrés mais en réalité il demeure le seul acteur légitime du processus mémoriel.