Dans le chapitre 9, intitulé “Feminist Voices,” Hershatter et Honig s’interrogent sur les efforts féministes dans la société chinoise pendant des années 1980. Dans le contexte des réformes économiques et d’un climat politique relativement détendu, les auteurs illustrent des divers initiatives féministes - menées par l’Etat, ou des initiatives “grassroot” formées d’une façon indépendante - qui ont émergé pendent cette période. Comme les deux auteurs affirment à la fin du chapitre, même s‘il ne s’agissait pas d’un mouvement organisé et que ces initiatives restaient limitées aux milieux urbains sans proposer ni analyse des problèmes des femmes ni des solutions, elles ont permis d‘ouvrir le débat sur l’inégalité des genres dans la société chinoise et représentaient l’émergence d’une conscience féministe.
Ce qui me parait intéressent sont des paradoxes/contradictions introduits pendant cette période de modernisation, car du point de vue des femmes, il n’est pas évident si on peut parler d’une véritable modernisation sociale. Tout d’abord, les années 1980 ont offert un large accès à l’éducation pour femmes, mais dans le même temps, les établissements comme des “women’s vocational schools” qui promouvaient les rôles/stéréotypes traditionnels ont été formées, ce qui s’oppose à tout effort de modernisation. Deuxièmement, les femmes ont commencé à participer massivement au travail et donc elles ne devaient plus être liées seulement à la sphère domestique, mais on attendait d’elles qu’elles gagnent un salaire ET s’occupent de la famille dans un même temps, ce que représente une double charge. De plus, au travail, elles étaient discriminées et moins rémunérées que leurs collègues masculins. Un exemple spécifique de ces logiques contradictoires, et unique à la Chine, est la “one-child policy” introduite en 1979. La politique de “family planning” a permis aux femmes de s’orienter plus vers leur carrière et comme le mentionnent des auteurs “required that many parents be content with a daughter” (dans le contexte traditionnel chinois ou la préférence est donnée aux fils) ce qu’aurait élever le statut des femmes dans la société. Cependant, en réalité, cette politique a provoqué une hausse des infanticides féminines.
Concernant la question de l’égalité des genres en Chine, l'autre point mentionné par les auteurs est l’absence de la représentation politique équitable entre les femmes et hommes. Dans le contexte du slogan de Mao de “women hold up half the sky” et voir que le leadership politique actuel du PCC reste largement dominé par les hommes (avec très peu des femmes en général et aucune femme au Politburo), je me demande si la situation concernant le statut des femmes dans la société chinoise a réellement évolué depuis les années 1980.